Résignés?

Pour une Médecine Humaine

Dans notre société, nous avons certes des résistants ou des insoumis, mieux encore des rebelles ou encore des indignés. Mais au delà de l’expression de leurs positions dans les conversations ou les médias, la grande majorité de nos concitoyens est résignée. Et cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de la gestion de leur santé. S’il est un domaine où la résignation est dangereuse, c’est bien celui du soin. Qu’elle soit du côté des patients ou des médecins, se résigner c’est abandonner la dimension du vivant.

Résignés: Une petite ballade du côté de l’étymologie nous apprend que résigner, résignation viennent du mot signum : seing, sceau, signe, signal… et donc avec le préfixe ré : briser un cachet, annuler…et plus étonnant : rendre ce qu’on a reçu.
Le verbe résigner a tout d’abord un sens religieux : rendre à Dieu ce qu’il vous a donné, s’en remettre à sa volonté. Ce n’est que très récemment qu’il est devenu synonyme de renoncer, abdiquer, abandonner.
Se résigner à quelque chose c’est accepter sans se révolter, une chose pénible, désagréable, mais que l’on juge inévitable.

Résignés devant les avalanches de textes de lois en tout genre, résignés devant l’aggravation du fameux trou de Notre Mère Sécu, résignés face aux prix « flamboyants » des produits alimentaires ou pétroliers, à l’augmentation de la franchise en matière de soins de santé…La liste est longue de toutes ces résignations ressemblant fort à des compromissions.
Pourquoi nous résignons-nous ? Par paresse, lâcheté, épuisement devant l’ampleur de la tâche ? Pas si sûr. Ne serait-ce pas … par culpabilité ?
Rassurez-vous il n’est pas question de remettre une couche supplémentaire sur le trop fameux sentiment judéo-chrétien. Mais il est intéressant de décrypter comment la société amène ses membres à la résignation. Et dans le domaine qui nous intéresse comment les soignants et les patients dansent le tango de la mort sur l’air de la culpabilité.

Rien n’est plus facile que d’amener quelqu’un à se résigner. Il suffit de lui démontrer que ses comportements, ses croyances, ses valeurs, sa liberté d’être et d’agir sont autant de risques majeurs pour lui et pour les autres. Lui montrer que la chose désagréable est inévitable.
Combien d’entre nous ont entendu nos patients commencer leur phrase par : c’est ma faute, Docteur, je n’ai pas fait assez attention, ne me suis pas fait surveiller, ai trop fumé, trop mangé…Les campagnes de prévention et les images normalisées des conditions du bonheur (le fameux riche, au lit et à deux plutôt que pauvre, seul et malade) sèment à longueur de temps les graines de la culpabilité. Rajoutez à cela les horreurs à la une dans de nombreuses parties du monde, et un citoyen lambda français n’osera même plus relever la tête en pensant que finalement il a de la chance et que si le paquet de cigarette augmente, si son chirurgien lui demande 45% de dépassement d’honoraires ou si le coût des actes médicaux lui grève un peu plus son budget… tant pis ! Comme par magie, il oublie qu’il paye déjà des charges et des impôts qui devraient largement suffire à lui assurer de pouvoir être correctement soigné sans payer quoi que ce soit.
Pire encore : il faut sauver la planète, la pénurie de pétrole nous guette … et rien n’est fait sauf pour augmenter les bénéfices pharaoniques de certains.
Contrairement à ce que pourraient laisser penser ces quelques réflexions, l’opposé de la résignation n’est pas la révolte. C’est la résistance.
La révolte (comme révolution) n’est qu’un retour en arrière, conduire une voiture en regardant dans le rétroviseur comme disait un de mes enseignants.
La résistance c’est simplement « être debout », exister. Se placer comme sujet face à ceux qui veulent faire de nous des objets payants ou souffrants non identifiés.
S’abandonner à une volonté supérieure, rendre à Dieu ce qu’Il nous a donné pour les croyants, pourquoi pas ? Mais alors en toute conscience et en toute liberté, pas sous le coup de manipulations culpabilisantes qui font le lit de la frustration et de la révolte.
Soyons résistants, confiants dans nos choix et responsables face à nos erreurs

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