Un sur Cinq

Pour une Médecine Humaine

Certaines ou certains d’entre vous ont peut-être vu le film de Karl Zéro Un sur Cinq. Un documentaire sur l’ampleur insupportable des violences faites aux enfants.En tant que médecin et psychothérapeute, j’ai été confronté de nombreuses fois aux dégâts causés par ces pratiques ignobles. Qu’il s’agisse de violences physiques, de harcèlement, d’inceste et autres joyeusetés.

Mais plus écœurant encore, si c’est possible, la « tolérance » de notre génération post soixante huitarde devant les perversions sexuelles. Les prises de parole de nos sois disant intellectuels sur le plaisir à « prendre un enfant dans les bras (sic), à le caresser, à lui apprendre la sexualité… bref cet espèce de regard dégoulinant de concupiscence que nos élites posent sur les enfants m’ont donné honte d’appartenir à ces baby boomers dégueulasses.

Durant mon exercice lorsque j’ai témoigné de la perversion d’un père (au demeurant un confrère) vis à vis de sa fille de 6 ans, je me suis retrouvé blâmée par notre Conseil du (dés)Ordre et leur représentant juridique m’a dit qu’il vaudrait mieux ne pas laisser les femmes devenir médecin car elles étaient trop sensibles. Alors où en sommes nous face à la détresse de nos enfants, je dis « nos » car il me semble que nous devrions tous être concernés. Et bien nul part ! Depuis l’affaire Outreau bien manipulée par tous ces m’sieursdames qui se tiennent par les parties (au sens propre et au sens figuré) la parole des enfants est systématiquement mise en doute. Le sacrosaint dogme du complexe œdipien et le fait qu’il ne faille pas retirer les enfants à leurs parents, laissent les petits dans un total désarroi. Pire encore quand ils sont retirés et mis à la DASS, ils subissent souvent les mêmes horreurs de la part de leurs congénères ou des éducateurs. Pourtant nous avons nous médecins l’obligation de signaler les maltraitances, l’obligation d’écouter la parole des enfants (et des adultes). Mais nous préférons avoir le nez sur notre ordinateur à la recherche du bon protocole et faire vite toujours plus vite car le temps … ça coûte ! A moins que nous ne soyons en téléconsultation parce que la souffrance, le lien, le soutien c’est bien plus dangereux que nos pôv petits couronnés.

Presque 40% de ma clientèle avait subi ou subissait encore maltraitances et/ou incestes. Mais comme me l’ont fait remarquer des confrères (charitables) dans un congrès organisé par Enfance et Partage: « C’est normal tu ne vois que des fêlés. »Et bien non M’sieurs-Dames les bien-pensants, les « bons docteurs » (au passage il en aura fallu des plaintes pour faire condamner le chirurgien pédophile), sans parler des enseignants tellement dévoués, la pédophilie n’est pas une théorie complotiste ou un soupir indigné lors d’un repas organisé par un labo. La pédophilie est une perversion et se soigne très mal, d’autant plus que la loi du silence est encore plus prégnante que pour les enfants illégitimes de nos présidents.

L’attitude des médecins, des juristes, des policiers est toujours lamentable face à la désespérance et aux traumatismes. Nous avons vu ces derniers 18 mois à quel point le corps soignant, médecins en tête, avait été capable d’abandonner les malades à leur triste sort. Celui des enfants maltraités est la marque de l’effondrement d’un société dégoulinante de bienséance et de tolérance. A force de considérer le corps humain comme un Objet de désir et/ou de plaisir, les plus fragiles sont embarqués dans un tsunami de souffrance dont ils(elles) ne se remettent jamais vraiment.

Oui ce film est dur, écœurant mais il met en lumière que la liberté d’être ne peut pas être sacrifiée sur l’autel de la luxure (vous savez ce péché capital bien désuet qui mêle sexe, argent et pouvoir). Quand il ne s’agit pas de sacrifices réels.Nous sommes toutes et tous concernés et comme disait mon père la différence entre le cochon et le lard c’est que le cochon est concerné mais le lard est impliqué. Alors regardons nos « lardons » et aidons les.